KING CREOSOTE & JON HOPKINS – Diamond Mine (Jubilee Edition)

Année 2011/2012
Pays Écosse/Angleterre
Label Domino
Genre Contemplatif et intimiste

OUI. Je suis passé à côté de cet album lors de sa sortie jusqu’à ce que l’on me le fasse joliment découvrir cette année. Toujours d’actualité puisqu’il a été récemment réédité avec la totalité des titres des deux EPs en bonus ce qui me permet donc de parler de cette édition aujourd’hui.

« Diamond Mine » est le point culminant de sept semaines de travail réparties sur sept ans de collaboration entre le stakhanoviste – une quarantaine de disques depuis 1998 ! –  folkeux barbu (normal) écossais King Creosote et le bidouilleur anglais Jon Hopkins. Autant les travaux de l’écossais m’était complètement étranger, autant je connaissais ceux de l’anglais et j’avoue avoir été surpris par ce dernier. Ceux qui sont familiers des disques de Hopkins et qui écouteront « Diamond Mine » ne pourront qu’être impressionnés par sa… preuve d’humilité. Certes, il a beau être un arrangeur de talent là n’est pas le problème, mais lui qui a l’habitude de proposer une électronique démonstrative et balourde se met ici en retrait afin d’exploiter au mieux les capacités vocales de King Creosote.

Ainsi sur « John’s Taylor’s Month Away » le troubadour écossais commence seul avec sa guitare acoustique et sa voix délicate jusqu’à ce qu’arrive l’harmonium de Hopkins à la fin du premier couplet. Puis apparaissent au fur et à mesure des nappes de synthé cristalline par ci, un léger beat électronique par là, toute en retenue et toujours parfaitement dosé, comme si les deux comparses voulaient retenir leurs larmes. Le titre monte petit à petit en puissance avec ses chœurs d’anges discrets qui se fondent en silence pour ensuite réapparaitre dans un final de toute beauté. D’ailleurs, « Diamond Mine » fait partie de ces disques où ces moments de silence sont tout aussi importants que la musique en elle même. Quant à la folk céleste et intimiste de « Running on Fumes » (aux faux airs de « Mysteries » de Beth Gibbons et Rustin Man), elle vous emmène au coin d’un feu, dans une forêt la nuit, moment qui sera gâché par les nuisances de la grande ville et vous feront revenir dans la triste réalité. Heureusement que le final à l’harmonium vous rappelle que cet agréable instant n’était pas un rêve et que cela restera gravé dans votre esprit…

« It’s your young voice, that’s keeping me holding on, to my dull life, to my dull life. » (Your Young Voice)

On retiendra par la suite ce poignant « Bats in the Attic », faisant la part belle au piano, instrument qui a toute son importance sur ce disque et dont la justesse de composition va droit au cœur. Sur « Bubble », l’electronica de John Hopkins s’affirme un peu plus avec ses cliquetis glitchs, mais que dire de son compère sur ce titre ? King Creosote est d’une telle justesse lorsqu’il prononce de sa voix fragile ses mots sincères et réconfortants : « I won’t let you fall, as low as I been / I promise to crawl until I’m back on my feet / If something went wrong, just think of me / If something went wrong, don’t you know I’d be here ». N’a t-on pas envie de le croire ? Il est dommage que « Your Own Spell » gâche quelque peu l’ensemble, personnellement je le trouve en deçà des autres morceaux. Heureusement que « Your Young Voice », bouleversante berceuse épurée et toute en pudeur et qui conclue à merveille cet album…

S’ensuit donc les trois chansons du EP « Honest Words » (2011), où le duo délaisse quelque peu ses oripeaux expérimentaux – à part le sublime et je pèse mes mots « Aurora Borealis Alias » – et prend le parti pris d’une pop cotonneuse et délicate à l’instar du morceau titre ou de « Bats in the Attic » (ici dans une version « Unravelled » beaucoup plus électronique mais tout aussi belle). Quant aux trois autres titres du « The Jubilee EP » (2012), la Pop – ici avec un « P » majuscule – y est majestueuse. On ne peut être qu’impressionné par l’urgence de l’interprétation d’un « Missionary (qui était à la base une chanson de King Creosote en solo) mais ce n’est rien par rapport à ce qui arrive ensuite, car nous ne sommes pas préparé à l’ouragan « Third Swan ». Une telle beauté et une telle facilitée dans la mélodie… cela en devient déconcertant… Encore essoré par ce que l’on vient d’entendre, le duo nous laisse souffler avec un très bel instrumental, « Starboard Home », comme une réminiscence de l’introduction de l’album (« First Watch ») parachevant ainsi ce disque.

Plus que vivement conseillée, cette « Jubilee Edition » est une valeur ajoutée et rehausse un peu plus l’intérêt d’un déjà très grand album. Toujours en équilibre et sans jamais tomber dans la niaiserie, « Diamond Mine » est un magnifique hommage des deux artistes à une Écosse romancée. Un perpétuel ravissement à l’écoute, il fait partie de ces disques qu’on a envie de garder au creux de sa main ou près de son cœur, tout simplement et égoïstement pour soi…

Publié le 7 mai 2012, dans Folk, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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