BLUT AUS NORD – 777 – Cosmosophy

Année 2012
Pays France
Label Debemur Morti
Genre Et le chaos se tut…

Dire que le dernier chapitre de la trilogie 777 était attendu relève du doux euphémisme. Repoussé de quelques mois dû à l’insatisfaction du groupe estimant que l’album devait être encore peaufiner, « Cosmosophy » a la très lourde tâche de succéder à « Sect(s) » et « The Desanctification » sortis en 2011 et vu la perfection atteinte par ces deux précédents volets, on serait tenté de dire que le défi aurait pu être difficile voire même impossible, mais la grande force de BaN réside dans le fait qu’ils ne sont jamais là où l’on pense les attendre…

Dégénérescente pour certains ou trop extrême pour d’autres, il est clair que la musique de Blut aus Nord dérange, se doit d’être apprivoisée et ne laisse personne indifférent. Violemment honni par la frange underground hexagonal du black metal dû à la « trahison » et aux moqueries fréquentes de Vindsval à propos de la scène – la sortie du jusqu’au-boutiste « MoRT » en 2006  n’arrangeant rien pour le tout – tandis qu’à contrario et ce depuis l’amorce de cette trilogie, la notoriété de BaN se fît de plus en plus grandissante, jusqu’à même faire de l’œil auprès d’un public dit « mainstream » (critique dithyrambique de « The Desanctification » sur Pitchfork par exemple) dépassant ainsi les sphères du black metal, genre devenu beaucoup trop limité pour le groupe depuis près d’une dizaine d’années.

Non ce nouvel opus ne nous prend pas en traitre. Que ce soit son titre à la signification mystique et « spatiale » ou sa pochette à la blancheur immaculée, la couleur est clairement annoncée : ce dernier acte sera définitif, monumental et lumineux. Oui vous avez bien lu, j’ai bien écris « LUMINEUX ». En effet, là où « Sect(s) » plongeait l’auditeur dans une brutalité à la densité impressionnante et « The Desanctification » se complaire dans l’industriel des plus froids et mécanique, « Cosmosophy » dévoile une facette grandement progressive déjà entraperçu ci-et-là auparavant sur les précédents disques,mais pas aussi développée.

Ce disque étonne déjà par son peu nombre de titres, cinq seulement oscillant entre 6 et 11 minutes tout de même, mais ce qui déstabilise lors des premières écoutes est l’utilisation massive de voix claires sur la quasi totalité de l’album. En effet, malgré la présence des guitares dissonantes chères à Blut aus Nord sur « Epitome XIV », on est surpris par l’apparition de la dite voix que l’on pourrait qualifier de « grotesque » – ce qui ne veut pas dire que c’est un défaut loin de là – et est somme tout assez proche du chant grandiloquent de Kristoffer Rygg dans Arcturus (auteur du plus grand album de black metal progressif de l’histoire avec « The Sham Mirrors » en 2002), passé cette appréhension, on est complètement happé par le ton quasi solennel du morceau, des riffs de guitares discordantes à la batterie pachydermique, tout est millimétré et rien n’est laissé au hasard, chaque note se voulant annonciateur de la fin.

“Ils sombrèrent dans l’éphémère suprême / Alcôve délicieux / Sanctuaire des immortels… / Ce qui fût n’est plus / Ce qui sera n’est pas / Et le chaos se tût / Et le chaos se tût ” (Epitome XV)

Le titre suivant évoque indéniablement « Thematic Emanation… » (sorti en 2005), EP atypique dans la discographie de BaN puisque sonnant comme du trip hop avec un son « dub/groove » industriel proche de Scorn. Ainsi « Epitome XV » se veut comme un sermon, une prêche d’obédience sataniste et ce dans la langue de Molière (une première pour le groupe) se terminant telle une divine comédie, soit absolument dantesque. Sur « Epitome XVI », on retrouve le black metal épique et majestueux des deux « Memoria Vetusta » et d' »Ultima Thulee » avec ses passages lancinants et atmosphériques digne des meilleurs moments de Burzum (Paix à son âme. Ah non on m’informe que Lord Vikernes n’est pas mort. Ah bon ?), les dernières minutes de ce monument sont si émouvante et de toute beauté que même Satan en verserait une larme, c’est dire. On retrouve également cet aspect épique sur les deux titres suivants: « Epitome XVII » avec ses vocaux proches du metal progressif norvégien évoqué un peu plus haut rappelant donc Arcturus mais aussi Enslaved ou Manes (soit de 1995 à 2005 période faste pour le genre) et le tout se finissant sur « Epitome XVIII », boucle industrielle infinie et aliénante dont les dernières notes de synthés, comme un clin d’œil, renvoient directement à celles de « The Son of Hoarfrost », premier titre du tout premier album de BaN, « Ultima Thulee »…

Blut aus Nord n’est pas le meilleur groupe français actuel, ni le meilleur groupe de « black » metal actuel mais tout simplement le meilleur groupe actuel tous genres confondus. Ce tryptique désormais achevé et signifiant explicitement la fin d’une ère, je ne vois pas ce que pourrait apporter de plus BaN à la musique personnellement. D’une richesse incroyable et se bonifiant au fil des écoutes, de « Memoria Vetusta » à « MoRT » en passant par « The Work Which Transforms God » ou « Odinist », BaN réussit le tour de force à synthétiser près de vingt années d’une discographie sans faille et ce en moins de cinquante minutes sans en faire un affreux patchwork qui aurait pu friser l’indigestion. Bref, à ce niveau là, cela doit être fatiguant d’aligner les chefs d’œuvres…

Publié le 30 septembre 2012, dans Black Metal, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. ce blog est tout bonnement excellent !
    je suis tombée par hasard, bien écrit, pertinent, documenté, passionné…
    bravo!

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